Q&R : F. OUATTARA, MEILLEUR PHYSICIEN AFRICAIN DE L'ESPACE
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Le
physicien burkinabé fait partie des lauréats 2018 de l'Union américaine de
géophysique
·
Ses
travaux montrent que les variations des couches ionisées permettent de déceler
l’évolution du climat
·
Il
rêve d'installer un planétarium dans son pays et de le doter d'une agence
spatiale
Par: Boureima Sanga
Chaque
année, l'Union américaine de géophysique [American geophysical union (AGU)]
rend hommage à des personnalités pour leurs réalisations, leurs contributions
et leurs services exceptionnels à la communauté des sciences de la Terre et de
l'espace.
Les médailles de l'AGU sont les plus hautes distinctions décernées par l'Union.
Elles reconnaissent les individus pour leurs travaux scientifiques et leur impact durable au sein de la communauté des sciences de la Terre et de l'espace.
Au nombre des lauréats de l'année 2018 se trouve le professeur Frédéric Ouattara, lauréat du Prix Afrique pour l'excellence de la recherche en sciences spatiales. Il a reçu sa médaille, à l'occasion de la conférence d'automne de l'AGU, qui prend fin aujourd'hui à Washington, aux Etats-Unis.
Le professeur Frédéric Ouattara est enseignant de physique à l’unité de formation et de recherche (UFR) en sciences et technologies de l’Université Norbert Zongo de Koudougou, au Burkina Faso.
Directeur de laboratoire de recherche en énergétique et météorologie de l’espace, ce scientifique dans l’âme totalise plus d’une dizaine d’années d’expérience dans la recherche spatiale, alors qu’il se destinait à une carrière en médecine.
En montrant que les modèles de mesures du Nord ne sont pas, tout le temps, efficaces au Sud, les travaux de Frédéric Ouattara permettront de remettre en cause ces mesures et de les améliorer.
Son plus grand rêve à court terme est de mettre en place un planétarium et de voir son pays se doter d’une agence spatiale à long terme.
SciDev.Net l’a rencontré pour vous.
Les médailles de l'AGU sont les plus hautes distinctions décernées par l'Union.
Elles reconnaissent les individus pour leurs travaux scientifiques et leur impact durable au sein de la communauté des sciences de la Terre et de l'espace.
Au nombre des lauréats de l'année 2018 se trouve le professeur Frédéric Ouattara, lauréat du Prix Afrique pour l'excellence de la recherche en sciences spatiales. Il a reçu sa médaille, à l'occasion de la conférence d'automne de l'AGU, qui prend fin aujourd'hui à Washington, aux Etats-Unis.
Le professeur Frédéric Ouattara est enseignant de physique à l’unité de formation et de recherche (UFR) en sciences et technologies de l’Université Norbert Zongo de Koudougou, au Burkina Faso.
Directeur de laboratoire de recherche en énergétique et météorologie de l’espace, ce scientifique dans l’âme totalise plus d’une dizaine d’années d’expérience dans la recherche spatiale, alors qu’il se destinait à une carrière en médecine.
En montrant que les modèles de mesures du Nord ne sont pas, tout le temps, efficaces au Sud, les travaux de Frédéric Ouattara permettront de remettre en cause ces mesures et de les améliorer.
Son plus grand rêve à court terme est de mettre en place un planétarium et de voir son pays se doter d’une agence spatiale à long terme.
SciDev.Net l’a rencontré pour vous.
Comment êtes-vous entré dans l'univers de la recherche ?
Après un Baccalauréat série C obtenu au lycée
Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du Burkina, j’ai voulu
étudier la médecine. Mais à l’époque, tous ceux qui avaient mené des études de
série C avaient été orientés à l’Institut de mathématiques et de physique
(IMP). Ainsi, je me suis retrouvé en train d'étudier les mathématiques, la
physique et la chimie. Et chemin faisant, j’ai choisi la physique et me voilà
physicien aujourd’hui. Dans l’ancien système, j’ai fait une thèse en
énergétique et une thèse d’État dans les sciences de l’espace en 2006-2009,
pour passer maître de conférences en 2010 et professeur titulaire en 2014.
À quoi sert un physicien de l'espace, en Afrique et surtout dans
un pays comme le Burkina ?
Quand on parle d’espace, les gens voient avant
tout les fusées, les avions, mais l’espace est aussi proche de nous et tout
Burkinabè en a besoin. L’espace a l’air d’être loin, mais il est quand
même tout proche de nous, du fait de ses influences sur notre vie. Nous
communiquons entre nous par téléphone parce qu’il y a l’espace. Dans cet
espace, il y a l’ionosphère, qui permet les communications radio et la fluidité
des télécommunications. La navigation aérienne et maritime, le GPS, l’étude des
sols, l’étude des forêts, font partie des sciences de l’espace. Aujourd’hui,
les sciences de l'espace contribuent dans une mesure importante, à la lutte
contre le changement climatique et la désertification.
Comment avez-vous accueilli l’annonce de ce prix faisant de vous,
le meilleur physicien africain de l'espace ?
Gloire à Dieu ! Ce sont des choses qui arrivent
rarement dans la vie d’un scientifique. Je n’y pensais pas, je travaillais pour
la science et pour mon pays. Ce prix est un couronnement de tous les efforts
accomplis, non seulement dans la formation, dans les productions scientifiques
et la participation à la relève.
La sélection est faite par le comité d’organisation de l'Union américaine de géophysique qui fête son centenaire cette année. L'AGU s’est rendu compte qu’il y a des productions scientifiques de qualité sur notre continent. Les Africains contribuent à l'essor de cette science qui a l’air d’être réservée aux élites et à ceux qui ont des moyens. Ainsi, l'AGU a décidé d’encourager les scientifiques africains de l’espace. Le prix a été instauré en 2016. La première édition a été remportée par un Ougandais et la 2è édition par un Ethiopien. Et c’est la 1ere fois que le prix part dans un pays francophone. Cela n’est pas évident parce que les meilleurs articles s’écrivent en anglais. La publication dans les revues scientifiques de qualité coûte cher. Non seulement, il faut trouver des sujets intéressants et dans un bon anglais, mais aussi il faut trouver de bonnes revues pour les publier. Mon dossier a été défendu par des scientifiques américains, européens, africains et asiatiques. Tous ces scientifiques ont montré que j’ai contribué à l’avancée de la science de l’espace. C’est un honneur pour moi, mon équipe et pour le Burkina Faso.
La sélection est faite par le comité d’organisation de l'Union américaine de géophysique qui fête son centenaire cette année. L'AGU s’est rendu compte qu’il y a des productions scientifiques de qualité sur notre continent. Les Africains contribuent à l'essor de cette science qui a l’air d’être réservée aux élites et à ceux qui ont des moyens. Ainsi, l'AGU a décidé d’encourager les scientifiques africains de l’espace. Le prix a été instauré en 2016. La première édition a été remportée par un Ougandais et la 2è édition par un Ethiopien. Et c’est la 1ere fois que le prix part dans un pays francophone. Cela n’est pas évident parce que les meilleurs articles s’écrivent en anglais. La publication dans les revues scientifiques de qualité coûte cher. Non seulement, il faut trouver des sujets intéressants et dans un bon anglais, mais aussi il faut trouver de bonnes revues pour les publier. Mon dossier a été défendu par des scientifiques américains, européens, africains et asiatiques. Tous ces scientifiques ont montré que j’ai contribué à l’avancée de la science de l’espace. C’est un honneur pour moi, mon équipe et pour le Burkina Faso.
Que représente cette distinction pour vous ?
Je disais à mes étudiants qu’il faut travailler
pour réussir. Un travail bien fait sera tôt ou tard reconnu. Ce prix est
l’expression de la reconnaissance du travail bien fait. Pour moi, ceci est un
challenge qui nous est donné d’aller plus loin. Quand tu es distingué, tu ne
peux plus dormir. Il faut aller plus loin et montrer que ceux qui t’ont décerné
le prix ne se sont pas trompés. Nous souhaitons que cela soit le début de
reconnaissance scientifique et non la dernière distinction.
Quels travaux vous ont valu ce prix ?
A la différence des autres, ce prix encourage un
ensemble de travaux de qualité contributifs au développement de la science.
Dans le domaine de la science de l’espace, il y a plusieurs compartiments dans
lesquels les uns et les autres ont produit d’excellents résultats. Mon équipe
et moi travaillons sur une couche de l'espace située entre 85 et 1000 km.
Certains chercheurs travaillent sur les océans et sur la surface du sol. Nous
avons montré qu’en étudiant les variations des couches ionisées entre 85 et
1000 km environ au-dessus de la terre, on peut déceler l’évolution du
changement climatique à l’intérieur. Il y a des modèles conçus par des
Américains et des Européens appelés modèles mondiaux qui ont pour objectif de
modéliser des variations globales de l’atmosphère mondiale permettant de
prédire et d’éviter les catastrophes. Avec ces modèles mondiaux, certains
scientifiques pensaient qu’en coupant de façon symétrique le globe en Nord et
Sud, les mesures s’appliquaient automatiquement au Sud. C’est ainsi qu’on se
retrouve avec des modèles qui ne marchent pas au Sud. Il est une nécessité
d’avoir des mesures aussi au Sud, différentes de celles qui se passent en
Amérique du Sud et en Asie du Sud par exemple. C’est tellement différent que
l’Afrique est devenue une nécessité pour les scientifiques de pouvoir améliorer
les modèles mondiaux. Nous avons montré que ces modèles mondiaux ne sont pas
très excellents au Sud, notamment au Burkina Faso. Nous travaillons à
démontrer à partir de quel niveau ce n’est pas bon, afin de leur permettre de
les améliorer. C’est la contribution de l’équipe du Burkina Faso. Aussi nous
sommes dans un pays sahélien, on est sensible au changement climatique, donc
prévoir l’avancée du désert et le changement climatique va permettre de
comprendre l’évolution des cultures agricoles. Si on peut prévoir l’évolution
de la pluviométrie d’ici 20 ans et plus, ce serait intéressant pour le peuple
burkinabé à 80% agriculteur.
Concrètement, qu’est-ce que vous avez trouvé ?
Nous, nous travaillons dans l’espace situé entre
85 et 1000 Km, la zone ionisée qui permet des échanges de télécommunications.
L’étude de la couche ionisée permet de savoir à quel moment elle sera perturbée
et quand elle est perturbée, l'ampleur de l'impact de cette perturbation sur la
communication. Elle permet à long terme d’évaluer le changement climatique.
Vos résultats font-ils l’objet d'une application au Burkina ?
Pas encore. Sinon nos études peuvent servir à
tout le monde, aux systèmes de téléphonie, à l’agriculture, à l’hydrologie, à
l’hydrographie, à la pluviométrie, etc. Le problème est qu’au Burkina nos
résultats ne sont pas vulgarisés. Il faut travailler à faire connaître nos
résultats et ensuite, faire en sorte qu’il y ait des retombées sociales.
Aujourd’hui, nous avons un déficit d’enseignants de science, de mathématiques
et de chimie au Burkina. Si on ne montre pas qu’on cherche et qu’on trouve, les
gens ne vont pas s’intéresser à la science.
De quels moyens disposez-vous pour entreprendre vos recherches ?
Mon laboratoire a été comparé à un magasin par un
de vos confrères. Pour faire de la recherche, il faut des moyens et nous n’en
avons pas assez mais avec le peu que nous avons, nous obtenons d'excellents
résultats. Si on avait plus de financement de l’État, nous ferions encore
mieux. Les appareils coûtent très cher. Un appareil qui mesure la vitesse de
vent neutre entre 450 et 500 km tourne autour de 200.000 dollars, soit plus de
115 millions de CFA.
Comment préparez-vous la relève ?
Je suis depuis 2014 professeur titulaire. J’ai
formé six étudiants qui sont devenus des enseignants-chercheurs dans les
universités du Burkina et du Tchad. Les doctorants que j’ai
sous la main sont autour de 21 parmi lesquels, des Tchadiens et des
Centrafricains. Dans deux mois, nous sortirons sept docteurs dont cinq à
Koudougou, la première promotion des doctorants made in Koudougou. Normalement dans deux
ans, j’aurai des professeurs titulaires. La relève est assurée à mon niveau.
Aujourd’hui, on constate qu’il y a moins d’engouement pour les
séries scientifiques. À votre avis, qu’est-ce qu’il faut faire pour inverser la
tendance ?
Nous organisons, depuis l’année passée, des
olympiades de mathématiques et de physique à l’Université Norbert Zongo, à
Koudougou. A cette occasion, nous primons les meilleurs. Au total, durant ces
deux années, nous avons primé 15 étudiants dont 3 femmes qui ont osé
participer. L’objectif est d’inciter les étudiants à la compétition et donner
une envie de faire la science. Il faut cesser de faire croire que les sciences
sont difficiles. J’aime dire à mes étudiants que personne n’est né avec quoi
que ce soit, tout le monde a appris. Il faut que les lycées et collèges soient
équipés en salles de travaux pratiques. La bonne nouvelle au Burkina est que l’État
a décidé de créer des lycées scientifiques dans les régions. C’est une bonne
dynamique de promotion de la science. Actuellement, tout admis au Bac C
bénéficie automatiquement d'une bourse ; c’est un encouragement à prendre à
cœur les séries scientifiques.
Quel est votre plus grand rêve de physicien ?
Mon rêve est de construire un planétarium et
doter le Burkina d’une agence spatiale. Le planétarium permettra aux enfants,
aux élèves des lycées et collèges et aux étudiants de prendre connaissance de
la naissance de l’univers. J’espère que cela va susciter en eux l’amour pour la
science. Sans les sciences, le monde paraîtra toujours mystérieux et ça posera
toujours des problèmes. Aussi mon souhait est que l’État finance la recherche.
Que l’État nous aide financièrement dans la publication scientifique. Mon
souhait à long terme est que le Burkina puisse créer une agence spatiale. Il y
en a en Égypte, au Nigeria et en Afrique du Sud. L’agence nous permettra de
contribuer à l'avancement de nos sociétés, aussi bien dans le civil que dans le
militaire. Sur ce dernier point, en contribuant, par exemple, à la lutte contre
le terrorisme. Je souhaiterais voir toutes ces réalisations avant de prendre ma
retraite dans une dizaine d’années.
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