FAUX MEDICAMENTS EN AFRIQUE: LA LUTTE S’ORGANISE MAIS LA TACHE RESTE IMMENSE
Au Bénin, 4 ans d’emprisonnement ont été décidés pour des grossistes reconnus
coupable d'avoir vendu des faux médicaments. Le trafic de faux médicaments
coûte la vie à près de 100 000 Africains chaque année, d'après
l'Organisation mondiale de la santé.
Ce mardi matin, Mohammed Atao ne sera pas au tribunal à Cotonou puisqu’il
a pris la fuite, mais neuf autres prévenus seront jugés dans cette affaire. Il
s’agit notamment des responsables de grandes sociétés pharmaceutiques
béninoises, de l'Agence nationale des approvisionnements en médicaments ou
encore le chef d'un service du ministère de la Santé.
Ce procès, le premier
d’une telle envergure, est suivi sur tout le continent car malgré les alertes à
répétition, le trafic de faux médicaments continue à prendre l’ampleur. « On est dépassé, se désole le docteur
Emilienne Yissibi Pola secrétaire générale de l'ordre des pharmaciens du
Cameroun. Il est impossible de
dissocier la falsification, le faux médicament, le mauvais circuit
d’approvisionnement, l’exercice illégal de la profession de pharmacien… Mais
tout cela concourt à obtenir un produit dont on ne peut pas garantir la qualité ».
D’après l’OMS, un
médicament sur 10 dans le monde est une contrefaçon. En Afrique, ce chiffre
monte à 7 médicaments sur 10.
Les douanes et après ?
Pourtant la lutte contre
ce trafic s'est intensifiée suite à une certaine prise de conscience. Les
organisations régionales comme la Communauté économique des Etats d’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO) ou la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
(CEMAC) ont adopté des politiques communes du médicament.
Des coopérations
douanières ont été mises en place dont certaines ont eu de beaux résultats. En
juin dernier, par exemple, l'Organisation mondiale des douanes (OMD), en
collaboration avec 18 pays africains, a intercepté près de 260 millions de
médicaments illicites.
« Ces médicaments proviennent pour l’essentiel
d’Inde ou de Chine, explique Sandra Waynes experte technique à l'OMD. Ils entrent en Afrique par les ports principaux
comme Cotonou puis sont distribués sur tout le continent. »
Les saisies douanières
peuvent être impressionnantes mais souvent inutiles car derrière, le système
sanitaire ne suit pas. « Le rôle des
douanes c’est d’intercepter ces médicaments illicites, poursuit Sandra
Waynes. Ensuite, elles les remettent
aux autorités sanitaires dont il est le devoir d’en empêcher la distribution.
Normalement, ces faux médicaments doivent être détruits mais il arrive qu’ils
soient rendus, au prétexte que ces pays ont besoin de médicaments. Ce que les
autorités oublient c’est que ces médicaments-là sont dangereux. »
Manque de volonté politique et vide juridique
Les pays africains sont
en pénurie chronique de médicaments. Les politiques sont donc frileux à l'idée
d'en ralentir la distribution, sans compter les situations où certains, comme
c'est le cas dans l'affaire béninoise, sont parties prenantes du trafic.
« Le médicament est politisé, s’indigne le
docteur Abdoulaye Keita de l'ordre des pharmaciens du Mali. Dans mon pays par exemple, à chaque fois qu’il y
a des saisies de faux médicaments, s’ensuivent des plaidoyers pour restituer
ces produits. Même les ONG y participent. Certaines manipulent les médicaments
sans la présence d’un professionnel de santé. »
Un manque de volonté
politique qui se traduit par un vide juridique total. La plupart des pays
africains, comme le reste du monde d’ailleurs, ne disposent pas d’une
législation spécifique pour le trafic de faux médicaments. « On ne peut même pas poursuivre les trafiquants,
poursuit le docteur Abdoulaye Keita. La
vente illicite de médicaments n’est pas criminalisée au Mali. Les trafiquants
risquent quelques mois de prison seulement. »
Pour remédier à cette
situation, le Conseil de l’Europe a proposé en 2011 la signature d’une
convention internationale, Médicrime. « Nous demandons une mobilisation générale
internationale, rappelle le professeur Marc Gentilini, délégué à la
Fondation Jacques Chirac pour la lutte contre les faux médicaments. Il faut que la douane, la police, les juges,
l’autorité politique, aient les moyens de faire appliquer ce qui est décidé par
la convention Médicrime, c’est-à-dire que ce délit soit transformé en crime et
que ce crime soit puni comme il se doit. »
Aujourd'hui seuls 27
pays dans le monde ont signé Médicrime dont trois africains: le Maroc, la
Guinée et le Burkina Faso.
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