ATTENTAT DE NICE : "IL FAUT REUSSIR A SORTIR LES ENFANTS DE LEUR SIDERATION"
Florence Askenazy, pédopsychiatre à l'hôpital Lenval pour enfants de Nice, est responsable de la cellule d’aide psychologique mise en place juste après l’attentat du 14-Juillet.
Dix enfants et
adolescents ont trouvé la mort dans
l'attentat de Nice, qui a tué 84 personnes. De nombreux autres enfants ont été
conduits à Lenval, hôpital pour enfants de Nice, où certains sont encore pris
en charge. Florence Askenazy, pédopsychiatre dans cet hôpital , est
responsable de la cellule d’aide psychologique mise en place juste après
l’attentat du 14-Juillet.
Comment s’est
organisée la prise en charge psychologique des victimes ?
Immédiatement
après l'attentat, nous avons mis en place une cellule d'aide psychologique pour
les enfants, les adolescents et leurs familles. Deux pédopsychiatres, un
psychologue, une assistante sociale et une secrétaire ont été mobilisés. Il
fallait s'occuper à la fois des enfants hospitalisés et de leurs familles,
plongés dans un état post-traumatique. Les gens venaient spontanément ici, car
c'était l'hôpital le plus proche de l'attaque. Jusqu’ici, nous avons reçu près
de 200 familles. La cellule sera maintenue au minimum jusqu'à vendredi.
Qui sont les
personnes reçues ?
Des parents,
des enfants de tous âges, d’un an et demi à 16 ans. Même les tout-petits
ont été choqués. Le 14-Juillet est une fête familiale et populaire, toutes les
banlieues de Nice étaient descendues. Les plus favorisés, eux, étaient restés
dans leurs villas pour regarder le feu d'artifice. Chaque famille présente a
été ébranlée. On a aussi hospitalisé beaucoup d'enfants étrangers, c'était
inédit : un petit Roumain qu'on a mis plusieurs jours à identifier, deux
enfants suisses avec leur père – la mère avait disparu...
De quels
troubles souffrent ces personnes ?
Juste après
l’attaque, elles étaient dans un état de détresse absolue. Elles ne
présentaient pas d'amnésie post-traumatique, bien au contraire, elles livraient
des témoignages très détaillés, elles parlaient du camion qui visait les
poussettes, du tueur qui les regardait dans les yeux et qui souriait, des corps
entassés.... Des ados pleuraient, d'autres faisaient face.
Les plus petits
étaient sidérés, terrorisés de voir leurs parents dans un état d'anxiété aiguë,
surtout les mères. Celles-ci culpabilisent beaucoup. Elles se disent :
"Pourquoi ai-je fait vivre cela à mon enfant ? Pourquoi l'ai-je
emmené à ce feu d'artifice ?" Dans la plupart des cas, les enfants
que nous avons vus souffraient d'une angoisse de séparation majeure. Ils
étaient plongés dans un état d'hébétude, de sidération, certains étaient
obnubilés par ce qu'ils avaient vu.
Comment les
aider ?
L'écoute aide à
les détoxifier de leurs angoisses profondes. On pratique aussi la sophrologie
pour les soulager. Le travail de base pour le psychiatre ou le psychologue est
d’identifier le choc traumatique, pour éviter tout risque suicidaire.
Une petite
fille, qui n'a pourtant perdu personne pendant l'attaque, m'a dessiné toute sa
famille avec des ailes dans le ciel. Elle m'a dit : "Ils se font des
bisous, ils sont tous ensemble, ils sont bien". Elle s'est créé un
monde imaginaire pour se défendre, en réaction à l'attentat. Le risque est
qu'il se forme alors un noyau traumatique. Il faut réussir à sortir l'enfant de
cette sidération, le relier à nouveau à son psychisme.
empsreel.nouvelobs.com/societe/attaque-de-nice/20160718.OBS4828/attentat-de-nice-il-faut-reussir-a-sortir-les-enfants-de-leur-sideration.html#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20160718

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