IL A DONNE UN REIN A SA FEMME, VOICI LES CONSEQUENCES QUE CELA A EU SUR LEUR COUPLE
Publié le: 23-10-2017
Il y a un max d'amour entre ces
deux-là. Ils disent "on s'est fait greffer" alors que Jean-Marie a
donné l'un de ses reins de son vivant et que c'est sa femme, Clotilde, qui a
reçu la greffe. "On est tellement imbriqués que l'expression nous vient
naturellement", assure Jean-Marie.
Il a 66 ans, Clotilde en a deux
de plus. Après dix ans d'insuffisance rénale et un début de dialyse qui n'a pas
fonctionné, les deux Lillois ont sauté le pas de la transplantation en 2015.
Ils ne le regrettent pas le moins du monde. Le
HuffPost a souhaité savoir quelle incidence cette opération avait
eu sur leur vie de couple.
La greffe est plus
efficace quand le donneur est vivant
Ils témoignent à l'occasion des
trois semaines de sensibilisation au
don de rein de son vivant menées par l'Agence de biomédecine. L'Agence tient à faire connaître cette possibilité de
soin au plus grand nombre. En 2016, seules 576 greffes ont été réalisées en
France grâce au don d'un proche et ce serait encore trop peu.
Les résultats de ces greffes sont
très bons, comparés aux greffes classiques, notamment entre frère et sour. Il y
a d'abord une chance sur quatre qu'ils soient parfaitement compatibles, ce qui
diminue la prise de médicaments anti-rejet.
Pour les autres bénéficiaires,
les avantages sont aussi réels. Le rein d'un donneur vivant est transplanté
sans délai, ainsi le greffon retrouve son bon fonctionnement dans un temps très
court. Et trois quarts des greffons prélevés sur un donneur vivant sont encore
fonctionnels dix ans après, contre deux tiers pour les donneurs décédés.
"On l'a vécu comme un
accouchement"
Comment Clotilde et Jean-Marie
ont-ils vécu cette greffe? Malgré l'ampleur de l'enjeu, ils affirment avoir
"toujours été très sereins". Côté opération, tout d'abord.
"On s'est lancés sans
réaliser ce qui allait nous arriver, affirme Jean-Marie, ancien formateur de
maîtres d'apprentissage. On a été très informés, mais on n'est pas restés sur
les questions qui peuvent fâcher, on a avancé c'est tout. Un peu comme quand on
décide d'avoir un enfant. On pense juste au plaisir de l'avoir, et on n'imagine
pas les à-côtés, on est juste dans le moment, dans l'excitation de vivre une
nouvelle chose. Une fois que l'enfant est là, on fait avec, toujours dans la
joie."
Clotilde est plus taciturne que
Jean-Marie, mais pas moins reconnaissante envers les équipes médicales.
"De l'aide-soignante au chirurgien, le CHR de Lille a été
exemplaire", assure-t-elle.
"Elle ne me doit
rien"
Et du côté de leur couple,
qu'est-ce qu'une opération aussi prenante, qui occupe leurs esprits depuis le
début de l'année 2015, a pu révéler? Clotilde, qui était en insuffisance rénale
depuis dix ans et qui a échappé à la dialyse, se sent-elle redevable vis-à-vis
de son mari donneur?
"Au début, je me sentais
redevable, oui. Je lui disais 'merci' tout le temps, reconnaît l'ancienne
commerciale. Au bout d'un temps, j'ai compris que ma bonne santé rendait
service à notre couple. Alors, j'ai arrêté de lui dire 'merci', pour lui dire
que j'étais juste heureuse de continuer à vivre avec lui."
Jean-Marie renchérit: "Ça
nous a fait du bien à tous les deux, ça nous a permis d'éviter les dialyses,
qui fatiguent, donnent une mine pâlotte, et empêchent pas mal d'activités. En
donnant un rein, je me suis assuré une vie plus heureuse avec ma femme. Elle ne
me doit rien! On a juste assuré notre autonomie pour les jours à venir."
"La dette ne sera
jamais totalement réglée"
Les couples comme celui de
Clotilde et Jean-Marie ne courent pas les rues. D'ailleurs, pour Catherine Aude, psychologue clinicienne à l'hôpital Antoine Béclère de Clamart, et experte auprès de l'Agence de biomédecine,
l'influence de la greffe dans la vie d'un couple dépend avant tout de la
manière dont les paires sont construites.
"Chacun vit la notion de
redevabilité différemment, explique-t-elle au HuffPost.
Chez les donneurs, certains penseront que le receveur est responsable de ce qui
lui a été donné. Cela peut créer des relations compliquées. Parfois, au
contraire, la greffe restaure un lien dans un couple. Mais quoi qu'il arrive,
la dette ou le sentiment d'être responsable de quelque chose qui ne vous
appartient pas, quand vous êtes receveur, ne sera jamais totalement réglée."
"Les vraies questions
n'émergent pas tout de suite"
La psychologue préconise de
"prendre son temps pour que chacun prenne ses marques". "Que
chacun puisse séparément parler de ce que ça leur fait, insiste Catherine Aude,
les démarches prennent entre six et sept mois, il faut profiter de ce temps
pour déplier son questionnement, mettre le doigt sur le fait que chacun réagira
différemment et que les vraies questions n'émergent pas tout de suite."
Un suivi psychologique a été
proposé à Clotilde et Jean-Marie, mais ils n'en ont pas éprouvé le besoin.
"Lors de l'entretien avec le comité de suivi 'donneur vivant', précise
Jean-Marie, un psy et une assistante sociale étaient présent aux côtés des
médecins. Mais nous étions et sommes toujours très zen dans cette aventure."
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