FRANCE: MIEUX INTEGRER LES REFUGIES, L'AMBITION D'UN RAPPORT DEVOILE CE LUNDI
Publié le 19-02-2018
« Changer le regard sur ceux qui
arrivent », voilà l'objectif d'Aurélien Taché, le député LREM
auteur du rapport sur l'intégration des immigrés. Il propose plusieurs pistes
dont la plus en vue est l'autorisation de travailler pour les demandeurs
d'asile au bout de six mois. Ce rapport est décrit comme la « seconde
jambe » de la future loi Asile et immigration qui fait déjà polémique.
Doubler le nombre d'heures
de français, permettre aux demandeurs d'asile de travailler au bout de six
mois... Le rapport que dévoile, lundi 19 février dans l'après-midi, le député
La République en Marche (LREM) Aurélien Taché parie sur des mesures fortes pour
améliorer l'intégration des réfugiés. Ces recommandations, détaillées à Lyon en
présence du Premier ministre Edouard Philippe, visent à renforcer le volet « humaniste »
de la politique gouvernementale, à deux jours de la présentation en Conseil des
ministres du projet de loi Asile et immigration, très critiqué à gauche pour sa
logique « répressive » et qui trouble jusque dans la majorité. Les « propositions ambitieuses »
du rapport « pourront
alimenter le projet de loi », avait promis en janvier 2018,
Emmanuel Macron.
72 propositions
Sur l'intégration, un sujet
« sensible, voire
miné », le député LREM Aurélien Taché est parti d'un « constat unanime »:
« L'insertion linguistique,
économique et sociale des personnes que nous accueillons est insuffisante ».
Son rapport énumère 72 propositions « pour
une politique ambitieuse d'intégration des étrangers arrivant en France »,
en privilégiant une approche « volontairement
pragmatique », afin de « transformer en parcours d'intégration ce qui peut
aujourd'hui parfois s'apparenter à un parcours du combattant ».
Ainsi, pour faciliter
l'intégration, Aurélien Taché propose de partir du Contrat d'intégration
républicaine (CIR), dispositif associant langue et formation civique, mais en
doublant le volume de cours « à
400 heures minimum », voire « 600 pour les publics les plus éloignés du
français ». Par ailleurs, pour « connaître la France et
s'approprier les valeurs civiques », le rapport propose de
porter à soixante heures (au lieu de douze) la partie civique et d'enrichir le
CIR d'un « volet d'insertion professionnelle ».
Il faudrait aussi « démarrer l'apprentissage du
français dès la période de demande d'asile » pour les
personnes dont on est sûr qu'elles obtiendront le statut de réfugié. En effet,
l'attente, qui dure des mois, représente une période d'inactivité « extrêmement préjudiciable »
pour les demandeurs « comme
pour la société », note le député. Dans la même logique, il propose
d'autoriser les demandeurs d'asile « à
travailler six mois après le dépôt » de leur dossier (au lieu
de neuf), voire « plus
tôt dans le cas d'un examen au cas par cas », ce qui
rapprocherait la France de l'Allemagne, où le travail est autorisé au bout de
trois mois.
« Partenariats
avec les grandes entreprises »
Convaincu de la nécessité
d'une insertion professionnelle « la
plus précoce possible », M. Taché propose aussi d'offrir aux
nouveaux venus « un
accompagnement global, incluant notamment l'accès au logement et à l'emploi,
d'une durée moyenne d'un an ». Cela passe par des contrats
avec les branches professionnelles, des « partenariats avec les grandes entreprises »,
mais aussi des reconnaissances partielles de qualifications et un accès plus
facile à certaines professions (notamment médicales ou dans la fonction
publique).
Soulignant l'importance de
l'accès à un logement durable, le parlementaire propose de rétablir la prime de
1 000 euros versée aux communes proposant un logement et de « créer un crédit d'impôt solidarité »
pour les foyers hébergeant gratuitement l'un de ces étrangers. Certaines
mesures impliquent une modification législative. D'autres demandent de bousculer
les dogmes, notamment sur les statistiques ethniques, puisque M. Taché suggère
que les services publics se dotent de « données
objectives sur la nationalité », et que le recensement intègre
« une question sur
la nationalité des parents ».
Autre changement de fond:
« réviser les
critères d'octroi de la nationalité pour tenir compte de la motivation des
candidats, davantage que de leur durée de résidence », avec
des titres de séjour plus longs. Il faut 12 ans en moyenne pour obtenir la
nationalité aujourd'hui. Enfin, le rapport plaide pour une « politique interministérielle »,
ce qui bousculerait la pratique actuelle concentrée sur le ministère de
l'Intérieur, et préconise de créer une « agence dédiée à l'intégration des étrangers »,
qui élargirait les missions de l'Ofpra (Office français de protection des
réfugiés et apatrides).
Le coût total est chiffré à
607 millions d'euros (dont 177 pour la formation linguistique), à comparer aux
dépenses engagées pour « les
différents dispositifs jouant le rôle d'amortisseurs sociaux »,
souligne le rapport.
En déplacement à Lyon, où
il a rencontré des réfugiés à l’antenne locale de l’Office français de
l’immigration et de l’intégration, le Premier ministre Edouard Philippe s'est
engagé à reprendre la majorité des propositions du rapport Taché. Ecoutez notre
reportage :
http://www.rfi.fr/france/20180219-france-refugies-integration-rapport-tache-demande-asile-travail
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