LES ENFANTS SOMALIENS CONTINUENT A SOUFFRIR DE LA FAIM
Il y a trois
semaines, j’ai fait une visite de terrain à Baidoa, une des plus grandes villes
dans le sud de la Somalie, mais aussi l’épicentre de la famine. Il était encore
très tôt le matin, mais déjà, un grand nombre de mères, accompagnées de leurs
jeunes enfants se pressaient à l’intérieur du centre d’alimentation
thérapeutique pour patients ambulatoires soutenu par Deeg-Roor Medical, un
partenaire de l’UNICEF.
À l’intérieur
de cet édifice d’un étage – d’une surface équivalente à la moitié d’un terrain
de basket – plusieurs activités se déroulaient en même temps. Dans un coin, on
pesait des enfants sur une balance. Juste à côté, des médecins et des
infirmières examinaient chaque enfant et notaient soigneusement chaque détail
concernant leur état de santé. De l’autre côté de la salle, un jeune agent de
santé donnait un cours à un groupe de mères et d’enfants sur l’alimentation et
l’hygiène. Elle utilisait un tableau-papier à feuilles mobiles avec des
illustrations de couleur lui permettant de renforcer son message concernant
l’allaitement, le lavage des mains et la vaccination.
À l’extérieur,
des mères et des enfants faisaient la queue tout en essayant de se protéger du
soleil, cherchant l’ombre des murs ou des arbres, ou en se protégeant la tête
avec un foulard.
Depuis la
famine, la malnutrition a quelque peu baissé. Le nombre d’enfants atteints de
malnutrition et âgés de moins de cinq ans est passé de 18 % pendant
la saison Gu de 2011 (la saison des pluies en Somalie, qui s’étend d’avril à
juin) à 13 % pendant la saison Gu de 2015. Cependant, cette amélioration
n’a pas permis de protéger des centaines de milliers d’enfants de la crainte –
et de la réalité – de la faim. Les dernières données indiquent qu’il existe
encore 308 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë, dont près de
56 000 de malnutrition sévère.
Cela signifie
qu’en ce moment, un enfant somalien sur sept souffre de malnutrition.
Barmin et son
enfant dans le centre d’alimentation. L’enfant souffre de malnutrition depuis
longtemps, avec des vomissements et de la diarrhée. Il se rétablit peu à peu
depuis qu’il prend des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi.
« Mon mari
vit de petits boulots, comme ramasser du bois de chauffage. En ce moment, il ne
travaille pas », dit Magami, 19 ans, l’une des mères que j’ai rencontrées
dans le centre. Elle tenait dans ses bras le petit Ridwan, son bébé de 11 mois
qui souffre de malnutrition, avec de fortes fièvres et des épisodes
diarrhéiques. À la sortie de l’hôpital, on lui a conseillé ce centre pour qu’il
puisse continuer son traitement. Ce jour-là, Ridwan n’allait pas bien. Il
émettait parfois de petits cris, comme s’il voulait attirer l’attention de sa jeune
mère.
« Le père
de mes enfants est handicapé depuis plusieurs années et il ne peut pas
travailler. Il reste à la maison toute la journée », affirme une autre
mère, Barlin Ali, 34 ans, qui est venue avec l’un de ses neuf enfants.
Pour ces
familles, le chômage est un problème majeur. Et pourtant, elles ne sont pas les
plus mal loties. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont
encore plus vulnérables et leurs droits encore moins respectés. Dans les deux
camps de déplacés internes que j’ai visités, aucun homme, ou presque, n’avait
un travail. Ce sont souvent les femmes qui pourvoient aux besoins de la famille
en lavant les vêtements des familles plus aisées de la ville, ou en cherchant
du bois de chauffage pour le vendre à l’extérieur du camp, ce qui les expose
aux dangers de la violence sexuelle.
« La
plupart d’entre nous viennent de la campagne. Nous ne sommes pas habitués à la
vie dans les camps », explique Hawa Abukar Waladi, agent de santé
communautaire dans le camp de déplacés internes de Salamey Idale. Nous voyons
partout des huttes recouvertes de chiffons et de draps qui s’étendent à perte
de vue. Des amas de déchets sont éparpillés dans ce paysage poussiéreux. Les
enfants se promènent sans chaussures et bien des fois sans pantalon.
« L’assainissement
et l’hygiène sont de vrais problèmes ici. Un grand nombre d’enfants souffrent
de malnutrition et ont la diarrhée, et beaucoup de femmes enceintes sont
atteintes d’anémie », dit Hawa.
Hawa et ses
collègues fournissent des informations essentielles aux mères sur
l’alimentation et l’hygiène. Elles traitent les maladies infantiles les plus
courantes et offrent des services d’orientation. Grâce aux fonds des donateurs,
l’UNICEF apporte son soutien à Hawa et ses collègues pour qu’elles poursuivent
leurs efforts et continuent à sauver des vies. Il y a peu de temps, le service
de l’Union européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (ECHO) a
promis 2,8 millions de dollars É.-U. pour soutenir les interventions de
l’UNICEF dans plusieurs domaines, notamment celui de la nutrition, de l’eau, de
l’assainissement et de l’hygiène.
Tant qu’il n’y
a pas de complications, le traitement contre la malnutrition est simple. S’ils
consomment des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, 90 % des enfants
pourront être sauvés. Mais chaque fois qu’un cas est traité avec succès, un
nouveau cas apparaît… Telle est la triste réalité. Si nous ne luttons pas
contre la pauvreté, le chômage ou les conditions de vie déplorables, et si nous
ne trouvons pas une solution pour les déplacés internes, les enfants somaliens
vont continuer à vivre (et mourir) sous la menace de la faim.
Kun Li
travaille pour UNICEF Somalie en tant que Spécialiste en communication.
Chinoise de naissance, américaine, africaine et citoyenne du monde de cœur.
https://blogs.unicef.org/fr/blog/les-enfants-somaliens-continuent-a-souffrir-de-la-faim/
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